L’armure dans l’armoire · Chapitre 1 sur 2
La poussière sur l’épaulière
Borin Steinweg · RP-Fanfiction
La Grande Forge faisait autant de bruit qu’autrefois. C’était moi qui étais devenu plus silencieux. Devant mon ancien atelier de Forgefer, je tenais une clé dont j’aurais reconnu les dents dans le noir. Il m’a pourtant fallu m’y reprendre à deux fois pour ouvrir. Au fil des ans, le métal n’avait pas été le seul à rouiller.
Mon armure était suspendue dans l’armoire. Sous l’épaulière gauche, elle portait encore la bosse du col menant au Loch Modan. Harrek avait ri, ce jour-là, prétendant que j’avais volontairement offert mon meilleur acier à un trogg. La douleur, je m’en souvenais à peine. Du rire d’Harrek, en revanche, oui. Sa dernière lettre attendait près de la porte, toujours fermée.
J’ai huilé les boucles une à une, au rythme du marteau de l’atelier voisin. En refermant le plastron, j’ai eu le souffle coupé. Pas à cause de mon tour de taille, comme je le prétendrais plus tard. Mais parce qu’un poids familier venait de me poser une question : qu’est-ce que tu comptes encore faire de moi ?
Devant la porte de la ville, j’ai croisé une jeune naine dont le fusil était presque plus grand qu’elle. Elle pestait contre une bretelle rompue. Je lui ai proposé celle que je gardais en réserve. Elle m’a demandé si j’allais à la carrière. J’aurais pu dire non. Je lui ai plutôt demandé quel chemin elle comptait prendre.
« Celui qui est sur la carte. » Nous sommes donc partis ensemble vers Kharanos. La neige craquait. Ses pas étaient impatients, les miens prudents. À la première montée, elle l’a remarqué et a ralenti sans rien dire. Je lui en ai été plus reconnaissant que je n’aurais su l’exprimer.